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Questionnaire de Proust à la Faculté - Jean-François Geaudreault-DesBiens

Jean-François Gaudreault-DesBiens                 Jean-François Gaudreault-DesBiens
La qualité que je préfère chez une personne:             l'ouverture d'esprit et la réflexivité.
Ce que j'apprécie le plus chez mes amis:l'empathie et l'autodérision.
Mon principal défaut:je suis parfois trop « dans ma tête » et ce n'est décidément pas une bonne idée.
Mon occupation préférée:

penser, cuisiner, jardiner, nager.

Quel serait mon plus grand malheur:

perdre mes enfants; je ne peux imaginer pire.

La couleur que je préfère:

pas facile, mais je vais régler pour bleu, ce qui est d'une singulière banalité.

La fleur que j'aime:

le Trille blanc et l'Érythrone d'Amérique, au printemps, et, dans mon jardin, l'été, les Crocosmia lucifer.

L'animal que je préfère:

le chat, si l'on parle des mammifères, encore que j'aie un chien - craquant par ailleurs. Sinon, les oiseaux, puisque je fais de l'ornithologie depuis plus de 40 ans.

Mes auteurs favoris en prose (et en vers):

Sophocle, Shakespeare, Albert Camus, Mario Vargas Llosa, John Fowles, Lawrence Durrell, José Carlos Somoza, John Irving, Giorgio Bassani, Julian Barnes, Nelly Arcan, Elena Ferrante, Elsa Morante, Amin Maalouf, et, chez les poètes, Pablo Neruda, Paul Éluard, André Dubouchet, Marie Uguay, Saint-Denys Garneau, Roland Giguère, Alain Grandbois, Pierre Morency, Gaston Miron.  Il y en a bien d’autres, en fait.

Des personnages historiques que j’aurais aimé rencontrer:

Marc-Aurèle et les philosophes stoïciens, Anwar El-Sadat, Itzhak Rabin, Léopold Sédar Senghor, René Gosciny, Angela Merkel, Cléopâtre, Elizabeth 1ère, Jean Carbonnier, Paul Ricoeur (j’ai failli le rencontrer celui-ci).

Mes héros favoris dans la fiction:

je n’ai aucun intérêt particulier pour les héros – qu’il s’agisse de James Bond, d’Indiana Jones ou de Bernie Gunther – mais je ne boude pas non plus mon plaisir lorsqu’une œuvre de fiction en met un en scène.

Mes héroïnes favorites dans la fiction:

au point où j’en suis, vous aurez compris que je n’ai aucun intérêt particulier pour les héroïnes, qu’il s’agisse d’Emma Bovary ou de Lara Croft. Mais si on me demandait quelles sont les actrices représentant des « héroïnes » avec qui j’aimerais bien, ou aurais bien aimé, discuter, voilà: Jeanne Moreau, dans Jules et Jim, Julie Christie et Geraldine Chaplin, dans le Docteur Jivago.  Peut-être aussi Geneviève Bujold dans Kamouraska, Mélissa Désormeaux-Poulin dans Incendies et Évelyne Brochu dans Inch’Allah.

Mes compositeurs préférés:

Bach, Vivaldi, Monteverdi, Purcell, Rameau, Marin Marais, Schubert, Tchaikovsky, Prokoviev, George Gershwin, et, dans une veine plus « populaire », Benny Goodman, Miles Davis, Stan Getz, Modern Jazz Quartet, Antonio Carlos Jobim, Marvin Gaye, David Bowie, Lou Reed, Deborah Harry, Led Zeppelin, Barbara, Maxime Le Forestier, Daniel Bélanger, Jean Leloup et, bien sûr, Leonard Cohen.

Mes peintres favoris:

Jérome Bosh, Francisco Goya, J.M. William Turner, Paul Gauguin, Amedeo Modigliani, Gustav Klimt, Egon Schiele, Otto Dix, Andrew Wyeth, Alex Colville, Edward Hopper, Jackson Pollock, Jean-Paul Riopelle, Alfred Pellan.

Mes héros dans mon quotidien:

feu mon père, j’imagine, ce qui n’est guère original; pour le reste, les extraordinaires sculpteurs d’Afrique, de Mélanésie, de Polynésie et autochtones des Amériques, dont les masques accompagnent mon quotidien, que l’on a longtemps confinés aux « arts primitifs » (maintenant « arts premiers ») et dont le langage visuel a largement inspiré la modernité artistique occidentale.  Y penser et voir comme on a traité leurs cultures donne un peu de perspective…

Mes héroïnes dans l'histoire:

Christine de Pizan, Simone Veil, Artemisia Gentileschi – mais qu’est-ce qu’un héros ou une héroïne?  J’aime assez la chanson de Tina Turner à ce propos : « We don’t need another hero ».

Ce que je déteste par-dessus tout:

le populisme nationaliste et les idéologues de gauche, de droite et de travers.  Malheureusement, leur cheptel me semble en croissance, notamment dans la foulée de l’émergence de bulles idéologiques de plus en plus hermétiques, gracieuseté des réseaux sociaux…

La réforme que j'estime le plus:

le droit de vote aux femmes.

Le don de la nature que je voudrais avoir:

être grand de taille – c’est manifestement raté.

Le livre qui m’a semblé le plus révélateur:

Le jardin des Finzi-Contini, de Giorgio Bassani.

Un livre que je n’ai pas encore lu:

il y en a trop et ça ne risque pas de s’améliorer.  Cela dit, après quelques essais, je ne suis toujours pas en mesure de me rendre au bout de La recherche du temps perdu, ce qui est assez moyen à révéler dans un questionnaire de Proust…

État d'esprit actuel:

serein

Fautes qui m'inspirent le plus d'indulgence:

la jalousie, l'envie.

Ce que je ferais si je n’enseignais pas le droit:

architecte, historien.

Le fait déclencheur qui m’a intéressé(e) à mon domaine:

les formidables débats constitutionnels de la fin des années 70 et du début des années 80, avec des personnages politiques d’un niveau intellectuel et d’une hauteur de vue qu’on n’a peu vus depuis : Pierre Trudeau, René Lévesque, Peter Lougheed, William Davis, Richard Hatfield, etc., peu importe que l’on ait été d’accord ou non avec eux.

Le texte le plus difficile que j’ai eu à écrire:

je n’ai jamais eu de difficulté à écrire quoi que ce soit, tant qu’on ne me demande pas d’écrire sur moi; bref, la réponse est ce questionnaire de Proust…

La décision de jurisprudence la plus emblématique de mon domaine:

difficile à dire puisque sous l’empire des Chartes, il existe un phénomène de constitutionnalisation, voire de colonisation, de plusieurs champs du droit par le droit constitutionnel.  Mais puisqu’il le faut, disons le Renvoi sur la sécession du Québec (1998).

La décision de jurisprudence que j’aime le plus enseigner:

le Renvoi sur la sécession du Québec (1998) et, sous l’angle des libertés fondamentales, R. c. Keegstra (1990).

L’article de loi qui ne cesse de m’interpeller:

l’article 1457 du Code civil du Québec, qui, selon moi, résume assez bien le principe fondamental de la vie de société.

Ce que j’aime le plus dans mon domaine:

aider les étudiant.e.s à prendre conscience de leurs immenses possibilités, personnelles et professionnelles; c’est infiniment plus important que de les gaver d’informations, si pertinentes soient-elles.  Il faut aussi les aider à se préparer à affronter l’adversité : la vie n’est pas un jardin de roses et l’idée qu’il puisse exister des espaces « protégés », où l’on se soustrairait miraculeusement à l’adversité ou à ce qui nous déplait, me paraît au final peu porteuse d’un véritable « empowerment ».